miércoles, febrero 08, 2012

Jacques Darras / Carta a Elena




Carta a Elena (1)

La belleza es la realidad.
Lo inverso ya no es seguro.
La belleza no es reversible.
Ella es el tema absoluto.
Sólo nos tolera a ti o a mí.
Que somos sus servidores.
Sometiéndonos a nosotros mismos.
La belleza nos libera.
La belleza del amor es más
hermosa que la muerte.
La belleza del amor nos libera de la muerte.
*
Hace un instante estabas ante mí.
Tengo tu imagen ante mis ojos.
Cuando la convoco viene dócilmente.
No eres pasivamente pasiva.
Estás desnuda, eres la realidad.
Más allá de ti no hay nada.
Me lo susurro en voz baja.
Eres la oración unida a la adoración.
*
No hay otra religión.
No hay más vínculo que el de tus brazos.
Tus manos se posan en mis hombros.
Me mides con tus ojos risueños.
Que ríen desde sí mismos.
Tu boca está seria, tu boca se acerca.
Tomas mi boca, me das la tuya.
No hay otra religión del intercambio que el amor.
Las religiones son amor desnaturalizado.
Las religiones son una imitación del amor.
*
Coloco en mi frase tu desnudez.
Mira cómo tiembla, no puede ubicarse.
Tiembla la totalidad del mobiliario de mi frase.
Ya no hay pronombres que aguanten.
Se han alejado y nuestros cuerpos los borran.
Ya no eres tú, ya no soy yo.
Necesitaremos una gramática gigante.
Acoplaremos la frase de otra manera.
*
Mi frase habla sola.
Escucha, no dice gran cosa.
Resulta muy pobre de nombres, en sustantivos.
Es muy rica de entonación.
Es muy rica de entonación.
No, no lo entiendes, no puedes entenderlo.
La entonación es música.
Yo canto una musiquilla de desnudez.
*
Do la sol la, es inútil.
No resulta balbucear el solfeo.
Es una música que empieza en la respiración.
Es un lenguaje secreto un canturreo.
No, tampoco es eso.
Es una música de antes de las palabras.
Es una música de pequeñas y breves palabras.
Que se alargan, que se acortan.
Los suspiros se enuncian al tiempo que las notas.
Tampoco lleva pentagrama.
La música no se escribe se dice.
*
Para el ojo de la memoria es más fácil.
La seda del pincel acaricia y no se equivoca.
Coloca las sombras donde están las sombras.
Acoge la luz en los colores lisos.
El ojo junto al tacto son dos memorias unidas.
*
El ojo junto a la mano son el relieve de la memoria.
Te veo, te toco, me hago tu pintor.
Imagen y realidad están contiguas, las aproximo.
La belleza es la realidad más cercana a su imagen.
La belleza es el amor de la imagen por la realidad.
Se necesita delicadeza en el tocar, el ver.
Se necesita decisión en la belleza, cercanía.

Jacques Darras (Bernay-en-Ponthieu, Somme, 1939), Arqueología del agua (Antología 1988-2001), Libros del Aire, Madrid, 2011
Traducción de Miguel Veyrat
Envío de Jonio González, Barcelona

Lettre À Hélène (1)

La beauté est la réalité.
L’inverse n’est pas sûr.
La beauté n’est pas réversible.
Elle est le sujet absolu.
Elle ne tolère que vous, que moi.
Qui sommes ses serviteurs
Qui nous asservissons à nous-mêmes.
La beauté nous libère.
La beauté de l’amour est plus belle que la mort.
La beauté de l’amour nous libère de la mort.
*
Vous étiez devant moi à l’instant.
J’ai votre image devant les yeux.
Je la convoque elle vient docilement.
Vous n’êtes pas passivement passive.
Vous êtes nue, vous êtes la réalité.
Il n’y a plus rien au-delà de vous.
Je me le murmure à voix basse.
Vous êtes la prière avec l’adoration.
*
Il n’y a pas d’autre religion.
Il n’y a pas d’autre lien que celui de vos bras.
Vos mains se posent sur mes épaules.
Vous me mesurez avec les yeux, ils rient.
Ils rient à l’intérieur d’eux-mêmes.
Votre bouche est sérieuse, votre bouche s’approche.
Vous me prenez la bouche, vous donnez la vôtre.
Il n’y a pas de religion de l’échange comme l’amour.
Les religions sont de l’amour dénaturé.
Les religions sont une imitation de l’amour.
*
Votre nudité, je la pose dans ma phrase.
Voyez elle ne tient pas, elle tremble.
L’ensemble du mobilier de ma phrase tremble.
Il n’y a plus de pronoms qui tiennent.
Ils sont dans la distance, nos corps les effacent.
Ce n’est plus vous ce n’est plus moi.
Nous aurons besoin d’une grammaire géante.
La phrase nous l’accouplerons autrement.
*
Ma phrase parle toute seule.
Elle ne dit pas grand chose, écoutez.
Elle est très pauvre en noms, en substantifs.
Elle est très riche en intonation.
Elle est très riche en intonation.
Non, vous ne l’entendez pas, vous ne pouvez pas.
L’intonation est de la musique.
Je chante une petite musique de nudité.
*
Do la sol la, inutile.
Balbutier le solfège ne convient pas.
C’est une musique qui commence dans la respiration.
C’est un langage secret un chantonnement.
Non, ce n’est pas cela.
C’est une musique d’avant les mots.
C’est une musique de petits mots brefs.
Qu’on allonge, qu’on retarde.
Les soupirs s’énoncent en même temps que les notes.
Il n’y a pas non plus de portée. 
La musique ne s’écrit pas elle se dit.
*
Pour l’oeil de la mémoire c’est plus facile.
La brosse du pinceau caresse, ne se trompe pas.
Dépose les ombres où sont les ombres.
Accueille la lumière sur les à-plats.
L’oeil avec le toucher sont deux mémoires ensemble.
*
L’oeil avec la main sont le relief de la mémoire.
Je vous vois, je vous touche, je me fais votre peintre.
L’image la réalité sont contiguës, je les rapproche.
La beauté est la réalité la plus proche de son image.
La beauté est l’amour de l’image pour la réalité.
Il faut de la délicatesse dans le toucher, le voir.
Il faut de la décision dans la beauté, le rapprochement.

Foto: Jacques Darras Babelio

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