martes, julio 03, 2012

Victor Hugo / Booz dormido




Booz dormido

Booz se había echado después del cotidiano
trabajar sin descanso en la era y ya dormía.
Había preparado su lecho do solía:
junto a sus celemines rebosantes de grano.

Este anciano tenía cebadas y trigales,
pero pura de barro se deslizaba su agua
Porque, aunque rico, amaba a los pobres como a iguales.
No tenían infierno los fuegos de su fragua.

Su ancha barba de plata un arroyo parecía.
No eran avariciosos los haces de su era.
Si a su lado pasaba una pobre cosechera:
“Dejad caer espigas cerca de ella”, decía.

Marchaba puro este hombre, lejos del mal sendero,
vestido igual de blanca probidad que de lino.
Como un río de mieses que no tiene destino,
parecía la fuente de todos su granero.

Booz era  pariente leal y amo juicioso.
Aunque no dispendiosa, era pródiga su mano.
Las mujeres miraban al viejo más que a un mozo,
Porque es hermoso el joven, pero inmenso el anciano.

Lo mudable abandona y a lo eterno camina,
El anciano que vuelve, ya encorvado el testuz,                                    
Y tener puede el joven llamas en la retina,
Pero el mirar del  viejo está sereno de luz.

En la tiniebla, entonces, yacía aquel anciano.
Entre almiares y hacinas de los alrededores,
Con el amo dormían todos los segadores.
Transcurría la noche de un tiempo muy lejano.

Era un juez quien las tribus de Israel gobernaba.
La tierra, en la que el hombre asustado hallaba marcas
De huellas de gigantes y con su tienda erraba,
Tenía del diluvio légamo aún y charcas.

Cual durmiera Jacob y cual Judith durmiera,
yacía el viejo Booz, dando al cielo la frente.
Y ocurrió que  la puerta del cielo, de repente,
se entreabrió, permitiendo que un sueño descendiera.

Y ese sueño era tal que en él vio un roble Booz
Que nacía en su vientre y en el azul se hundía.
 Por su tronco enlazándose una raza subía;
 un rey cantaba abajo, moría arriba un dios.

Y Booz murmuraba en el sueño con voz lenta:
“¿Cómo habría de dar a la tierra un abolengo?”
“La cifra de mis años ya llegó a más de ochenta”
“Y yo no tengo hijos, y mujer ya no tengo.”

Hace mucho que aquella con quien supe dormir,
¡oh, Señor!, dejó mi tálamo y voló al divino;
mas nuestras almas saben para hallarse un camino,
una a orillas del mundo y otra a las del morir

Señor, ¿no se ha hecho tarde ya para tanta gloria?
¡Una raza nacer de mí! ¿Habrá milagros tales?
Cuando uno es joven tiene madrugadas triunfales
El día siempre vuelve como de una victoria.

Pero el que es viejo tiembla como abedul al viento.
Estoy solo, soy viudo, la noche ya me encierra,
Y ya inclino, ¡oh, Dios mío!, mi alma hacia la tierra
como inclina a las aguas su frente un buey sediento.

Con arrobo el anciano pronunciaba estas frases
Y volvía los ojos a Dios para entender.
Los árboles no sienten las rosas de sus bases
Y Booz no sentía a sus pies a una mujer.

Porque, mientras dormía, Ruth, una moabita,
A sus pies se había echado, puesta, humilde, a esperar
Un anunciado rayo de dulzura infinita
Para cuando llegara la luz del despertar.

El anciano ignoraba que hubiera una mujer;
La mujer ignoraba lo que Dios pretendía.
En miles de asfodelos, reciente, se escondía
Un perfume que un viento bajaba a desprender.

Nupcial era la sombra que en Bethleen flotaba.
Allí volaba un ángel, sin duda, oscuramente,
Porque se estremecía en la noche, de repente,
Algo celeste y breve que un ala semejaba.

El respirar del viejo que dormía entre hacinas
Se unía al ruido sordo de arroyos escondidos.
Era el mes en que es dulce la tierra y tiene nidos,
El mes en que se cubren de lirios las colinas.

Frente a Ruth, en la hierba negra, Booz dormía.
Se oían no muy lejos de un cencerro los sones,
Una bondad inmensa del cielo descendía,
Era la hora tranquila en que beben los leones.

En Jericó, en Edom, en Ur todo callaba.
Los astros esmaltaban el cielo con fulgores.
Corvo, el cuarto de luna, brillaba entre esas flores
De la sombra, y Ruth, la de Moab, se preguntaba,

Con los ojos al cielo como buscando huellas,
Qué cosechero del eterno verano, qué dios,
Luego de la faena, había olvidado su hoz,
Esa hoz de oro en el campo donde están las estrellas.


Victor Hugo (Besanzón, 1802-París, 1885), Légends des Siècles, 1859
Traducción de Rubén Reches

Nota del traductor: Hay algo que no se pude traducir de "Booz dormido": es el verso que reescribo como "En Jerícó, en Edom, en Ur todo callaba". Ese verso es famoso por esto: Victor Hugo escribe: "Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth". Jérimadeth  es un nombre inventado por él y es un calembour que quiere decir: J'ai rime à dait; efectivamente, tenía que rimar con "et Ruth se demandait"...  et inventó esa palabra.


Booz endormi

Booz s'était couché de fatigue accablé;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge;
Il était, quoique riche, à la justice enclin;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse:
- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens;
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,
Etait mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu;
Une race y montait comme une longue chaîne;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme:
"Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

"Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

"Une race naîtrait de moi ! Comment le croire?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire;

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau."

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement;
Une immense bonté tombait du firmament;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.


Foto: Retrato de Victor Hugo, c.1875, Comte Stanisław Julian Ostroróg

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