sábado, julio 30, 2011

Apollinaire / El pequeño coche




El pequeño coche

El 31 de agosto de 1914
Dejé Deauville poco antes de medianoche
En el pequeño coche de Rouveyre
Con su chofer éramos tres

Dijimos adiós a toda una época
Furiosos gigantes se alzaban sobre Europa
Las águilas dejaban su nido en espera del sol
Los peces voraces escalaban los abismos
Los pueblos acudían para conocerse a fondo
En sus moradas sombrías los muertos temblaban de terror

Los perros aullaban allá donde estaban las fronteras
Yo me alejaba llevando conmigo todos esos ejércitos combatientes
Los sentía ascender en mí y extenderse las comarcas en que ellos serpenteaban
Los bosques los felices poblados de Bélgica
Condados con el Agua Roja y
Región por donde siempre se llevan a cabo las invasiones
Arterias ferroviarias donde quienes iban a morir
Saludaban una vez más la vida colorida
Océanos profundos agitados de monstruos
En los viejos esqueletos naufragados
Inimaginables alturas donde el hombre combate
Más altas que aquellas donde planea el águila
Allí el hombre lucha contra el hombre

Y cae de pronto como una estrella errante
Sentía en mí seres nuevos plenos de destreza
Que construían y también arreglaban un universo nuevo
Un comerciante de opulencia inaudita y prodigioso porte
Preparaba una muestra extraordinaria
Y pastores gigantescos conducían
Grandes rebaños mudos que pacían palabras
Contra las que ladraban todos los perros en el camino
Y cuando después de haber pasado al mediodía
Por Fontainebleau
Llegamos a París
En el momento en que se anunciaba la movilización
Comprendimos mi camarada y yo
Que el pequeño coche nos había conducido a una época
Nueva

Y que pese a ser ambos dos hombres maduros
Acabábamos sin embargo de nacer


Wilhelm Apollinaire de Kostrowitsky (Roma, 1880-París, 1918), Guillaume Apollinaire, Antología, traducción de Monica Virasoro y René Palacios More, Ediciones del Mediodía, Buenos Aires, 1971

Nota: Esta página reproduce el caligrama que acompañaba la primera edición de este poema. Al pie, puede leerse en orden convencional su contenido en francés, no traducido ni citado en la versión de Virasoro y Palacios More, e incluido en la edición de la Universidad de California, de la que se ha copiado asimismo el texto original de La petite auto.

La petite auto

Le 31 du mois d'Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir
Saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l'homme combat
Plus haut que l'aigle ne plane
L'homme y combat contre l'homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

Et quand après avoir passé l'après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque

Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître



[Caligrama]

Je n’oublierai jamais ce voyage nocturne où nul de nous ne dit un mot
O départ sombre où mouraient nos 3 phares
O nuit tendre d’avant la guerre
O villages où se hâtaient les
MARECHAUX-FERRANTS RAPPELES
ENTRE MINUIT ET UNE HEURE DU MATIN
Vers LISIEUX la très bleue
Ou bien
Versailles d’or
Et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu qui avait éclaté


Calligrammes, Universidad de California, 1980

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